Instincts – 3 mois seule à pied, en survie dans l’Ouest sauvage australien : le récit vertigineux de Sarah Marquis

L’appel du désert : quand la marche devient une quête existentielle

Il existe des voyages qui transcendent la simple aventure pour devenir des odyssées intimes, des défis où l’humain se mesure à lui-même autant qu’à la nature. Instincts – 3 mois seule à pied, en survie dans l’Ouest sauvage australien de Sarah Marquis en est un exemple saisissant. Exploratrice suisse, connue pour ses traversées extrêmes (comme sa marche de 20 000 km de la Sibérie à l’Australie), Marquis pousse ici les limites de l’endurance et de la solitude en s’aventurant dans l’un des déserts les plus hostiles de la planète : le Pilbara, dans l’Ouest australien.

Son récit, à la fois carnet de survie et journal introspectif, nous plonge dans une expérience où chaque pas est une victoire, chaque décision une question de vie ou de mort. Entre récits haletants, réflexions philosophiques et descriptions poétiques des paysages arides, Instincts est bien plus qu’un livre de voyage : c’est une méditation sur la résilience, la peur et la liberté.

Le Pilbara : un enfer de beauté et de dangers

L’Ouest australien n’est pas un décor de carte postale. C’est un monde minéral, brûlant, où l’eau se raréfie et où les températures dépassent souvent les 50°C. Les serpents venimeux (comme le redoutable taïpan), les araignées mortelles, les fourmis bulldogs et les crocodiles d’eau salée en font un territoire impitoyable. Sans compter les distances vertigineuses : Sarah Marquis marche jusqu’à 30 km par jour, son chariot de survie (pesant près de 200 kg au départ) traînant derrière elle comme un fardeau symbolique.

Pourtant, c’est précisément cette rudesse qui fascine. Marquis décrit avec lyrisme les couchers de soleil incendiaires, les rochers ocre sculptés par le vent, les nuits étoilées d’une pureté cristalline. Le désert, paradoxalement, devient un lieu de révélation : « Ici, tout est nu. Pas de masque, pas de mensonge. Juste le vent, la poussière et moi. »

Survivre, mais à quel prix ?

Contrairement à ses précédentes expéditions, Sarah Marquis choisit cette fois de renoncer à toute assistance extérieure. Pas de GPS (elle utilise une boussole et des cartes papier), pas de ravito organisés, pas de contact régulier avec le monde extérieur. Son équipement se limite à l’essentiel :

  • Une tente ultra-légère,
  • Un filtre à eau pour puiser dans les rares points d’eau (souvent contaminés par des cadavres d’animaux),
  • Des vivres lyophilisés,
  • Un fusil pour se défendre contre les dingos ou les crocodiles.

Mais la vraie bataille se joue dans sa tête. La solitude prolongée, les hallucinations dues à la déshydratation, la peur constante de l’accident ou de la maladie (elle contracte une leptospirose, une infection bactérienne mortelle) transforment son périple en épreuve psychologique. À plusieurs reprises, elle envisage d’abandonner. Pourtant, quelque chose la pousse à continuer : « Marcher, c’est ma façon de résister à l’absurdité du monde. »

Une leçon d’humilité et de connexion à la Terre

Ce qui frappe dans Instincts, c’est l’absence de triomphalisme. Sarah Marquis ne se présente pas en héroïne invincible, mais en être vulnérable, dépendant des éléments. Elle apprend à écouter le désert : repérer les traces d’animaux pour trouver de l’eau, comprendre les signes avant-coureurs d’un orage, accepter que la nature dicte le rythme.

Son récit interroge aussi notre rapport à la modernité. Dans un monde hyperconnecté, où tout est contrôlé, Marquis choisit la lenteur, l’incertitude, le dépouillement. « Nous avons oublié que nous sommes des animaux, écrit-elle. Le désert me le rappelle chaque jour. »

Pourquoi lire Instincts ?

Instincts n’est pas un simple récit d’aventure. C’est :
Un thriller naturel : entre rencontres avec des Aborigènes, attaques de serpents et tempêtes de sable, le suspense est constant.
Une plongée dans la psyché humaine : comment tenir quand tout semble nous pousser à abandonner ?
Un hommage à la nature sauvage : une écriture sensorielle qui fait vibrer les paysages arides.
Une inspiration pour les voyageurs intrépides : et si l’aventure ultime était de se perdre pour mieux se trouver ?

Notre avis

Instincts est un livre qui marque. On en ressort avec l’envie de marcher, de se confronter à l’inconnu, mais aussi avec une profonde humilité face à la puissance de la nature. Sarah Marquis ne cherche pas à nous impressionner : elle nous invite à écouter nos propres instincts.

« Parfois, il faut aller jusqu’au bout de la peur pour découvrir ce qu’il y a après. »

Retour en haut