L’appel des cimes et des steppes arides
Il existe des livres qui ne se contentent pas de raconter un voyage : ils transportent. Déserts d’altitude – Du Chili au Machu Picchu, 8 mois à pied sur la Cordillère des Andes, de Sarah Marquis, en fait partie. Ce récit, à mi-chemin entre l’aventure extrême et la quête intime, plonge le lecteur dans une traversée solitaire de près de 6 000 kilomètres, où chaque pas est une confrontation avec soi-même, avec l’altitude, et avec l’immensité sauvage des Andes.
Pour les amateurs de récits d’exploration authentiques, ce livre est une pépite. Sarah Marquis, exploratrice suisse connue pour ses traversées à pied (comme sa marche de 20 000 km de la Sibérie à l’Australie), y partage une aventure aussi physique que philosophique, où la cordillère des Andes devient bien plus qu’un décor : un miroir de ses limites et de sa résilience.
Une marche contre les éléments (et contre soi)
Partie en 2010 depuis le désert d’Atacama, au nord du Chili, Sarah Marquis met le cap sur le Machu Picchu, au Pérou, en suivant la colonne vertébrale de l’Amérique du Sud : la Cordillère des Andes. Son itinéraire ? Un enchaînement de déserts d’altitude, de cols à plus de 5 000 mètres, de plateaux battus par les vents et de villages isolés où le temps semble suspendu.
Ce qui frappe dès les premières pages, c’est l’honnêteté brutale de l’auteure. Pas de glorification de l’exploit, mais une description sans fard des :
- Douleurs physiques : gelures, ampoules, problèmes pulmonaires dus à l’altitude (le mal aigu des montagnes est un compagnon récurrent).
- Défis logistiques : porter un sac de 30 kg, trouver de l’eau dans des zones arides, négocier avec des communautés méfiantes.
- Doutes psychologiques : la solitude, les hallucinations dues à l’hypoxie, les moments où l’abandon semble la seule issue.
« Je marche depuis des semaines sans croiser âme qui vive. Parfois, je me parle à voix haute pour entendre une voix humaine. »
Pourtant, c’est précisément cette vulnérabilité qui rend le récit captivant. Sarah Marquis ne cache pas ses faiblesses, et c’est ce qui humanise son aventure, la rendant accessible même aux lecteurs qui n’ont jamais enchaîné deux randonnées de suite.
Les Andes, un personnage à part entière
Si le livre est une introspection, il est aussi une ode à la Cordillère des Andes, décrite avec une précision presque poétique. Sarah Marquis y peint :
- Les paysages minéraux du désert d’Atacama, où la vie semble absente, mais où chaque caillou raconte une histoire géologique.
- Les altiplanos boliviens, ces plateaux infinis où le ciel est si proche qu’on croirait pouvoir le toucher.
- Les villages quechuas, où le temps s’écoule au rythme des lama et des fêtes traditionnelles.
- La jungle péruvienne, ultime épreuve avant le Machu Picchu, où l’humidité et les insectes remplacent le froid sec des hauteurs.
L’auteure a le don de mêler observations naturalistes et réflexions culturelles. Elle parle des apus (esprits des montagnes dans la cosmogonie andine), des offrandes à la Pachamama (la Terre-Mère), ou encore des rencontres avec des bergers pour qui sa marche folle est à la fois incompréhensible et fascinante.
« Ici, les montagnes ne sont pas des obstacles, mais des divinités. Je comprends pourquoi les Incas les vénéraient. »
Pourquoi lire ce livre ?
Déserts d’altitude n’est pas qu’un simple carnet de voyage. C’est :
Un manuel de survie mentale : comment garder espoir quand tout semble vous dire d’arrêter ?
Une immersion dans des cultures méconnues : les traditions andines, la vie des communautés isolées.
Une réflexion sur la lenteur : à l’ère de l’hyperconnexion, Sarah Marquis rappelle la valeur du temps long, du pas après pas.
Une inspiration pour les rêveurs d’aventure : même si vous ne traverserez jamais les Andes à pied, ce livre vous donnera envie de sortir des sentiers battus (littéralement).
À qui s’adresse ce récit ?
- Aux randonneurs et trekkeurs en quête de récits d’aventures extrêmes.
- Aux amoureux de l’Amérique du Sud et de ses cultures indigènes.
- Aux lecteurs de littérature voyage qui aiment les récits introspectifs (comme ceux de Sylvain Tesson ou Nicolas Bouvier).
- À ceux qui s’interrogent sur les limites humaines et la quête de sens.
En pratique
- Titre : Déserts d’altitude – Du Chili au Machu Picchu, 8 mois à pied sur la Cordillère des Andes
- Auteure : Sarah Marquis
- Éditeur : Arthaud (2012)
- Pages : 300 (avec cartes et photos)
Notre avis
(4/5) Un récit puissant et sincère, qui évite l’écueil du roman d’aventure trop héroïque. Sarah Marquis y montre que la grandeur d’un voyage ne se mesure pas seulement aux kilomètres parcourus, mais à la profondeur des rencontres (avec les autres et avec soi-même). Certains passages, très techniques (description du matériel, détails météo), peuvent sembler ardus pour les non-initiés, mais ils ancrent le récit dans le réel.
À lire avant de partir en trek en Amérique du Sud… ou simplement pour voyager depuis son canapé !