Dans les pas d’Alexandra David-Néel – Du Tibet Au Yunnan d’Eric Faye

L’appel de l’aventure : sur les traces d’une exploratrice légendaire

Il est des livres qui ne se contentent pas de raconter une histoire : ils invitent à partir, à marcher, à rêver. « Dans les pas d’Alexandra David-Néel – Du Tibet au Yunnan » d’Éric Faye (éditions Arthaud, 2023) est de ceux-là. À mi-chemin entre récit de voyage, enquête historique et méditation sur l’exil, ce livre nous plonge dans l’épopée de la célèbre exploratrice franco-belge, première femme européenne à entrer à Lhassa en 1924, et nous entraîne sur les routes escarpées qu’elle a parcourues un siècle plus tôt.

Éric Faye, écrivain voyageur et fin connaisseur de l’Asie (auteur notamment de « Nagasaki », prix des Libraires 2011), a choisi de retracer physiquement le périple d’Alexandra David-Néel entre le Tibet et le Yunnan, à travers des paysages où se mêlent montagnes sacrées, monastères perdus et villages suspendus dans le temps. Mais au-delà de la reconstitution géographique, c’est une quête intime qu’il nous propose : comprendre ce qui pousse un être à tout quitter pour l’inconnu, et ce que ces terres lointaines nous révèlent de nous-mêmes.

Alexandra David-Néel : une icône de la liberté

Avant de suivre Éric Faye, il faut connaître celle qui inspire son voyage. Alexandra David-Néel (1868-1969) est une figure hors norme : féministe avant l’heure, bouddhiste engagée, anarchiste dans l’âme, et surtout voyageuse intrépide. À 55 ans, après des années passées en Inde et en Asie, elle entreprend un périple clandestin vers Lhassa, alors interdite aux étrangers, déguisée en mendiante tibétaine. Son récit, « Voyage d’une Parisienne à Lhassa » (1927), deviendra un classique de la littérature d’aventure.

Mais ce qui fascine chez elle, c’est moins l’exploit que la philosophie qui le sous-tend : un mélange de curiosité insatiable, de respect pour les cultures traversées, et d’une quête spirituelle qui la pousse à vivre parmi les lamas et les ermites. « On ne voyage pas pour fuir la vie, mais pour que la vie ne nous fuie pas », écrivait-elle. Une maxime qui résonne encore aujourd’hui.

Le Yunnan et le Tibet : des terres de contrastes et de mystères

Éric Faye ne se contente pas de narrer le parcours d’Alexandra David-Néel : il le vit, en partant lui-même sur les routes du Kham (Tibet oriental) et du Yunnan, regions où les frontières sont autant géographiques que culturelles. Son récit alterne entre :

  • Des descriptions envoûtantes des paysages : les sommets enneigés du mont Khawa Karpo (sacré pour les Tibétains), les rizières en terrasses de Yuanyang, les forêts de rhododendrons géants…
  • Des rencontres humaines : moines bouddhistes, paysans yi ou tibétains, guides locaux qui perpétuent des traditions millénaires.
  • Une réflexion sur le temps : que reste-t-il, un siècle plus tard, des lieux traversés par Alexandra ? Comment le tourisme, la modernité chinoise et les tensions politiques (notamment au Tibet) ont-ils transformé ces régions ?

L’auteur souligne avec justesse les paradoxe de ces terres :

« Ici, le passé et le présent se superposent comme les couches d’une peinture ancienne. On croirait marcher dans un monde où le temps s’est arrêté, mais les grues et les bulldozers rappellent brutalement la réalité. »

Un voyage intérieur autant que géographique

Ce qui fait la force du livre d’Éric Faye, c’est qu’il ne se limite pas à un reportage. En suivant les pas d’Alexandra, il interroge sa propre relation à l’exil et à la quête. Pourquoi partir ? Que cherche-t-on dans ces lointains ? La réponse n’est pas toujours glorieuse :

« Je me suis souvent demandé si je voyageais pour fuir ou pour me trouver. Peut-être les deux. Alexandra, elle, semblait savoir. Ou du moins, elle avançait sans se poser la question. »

Le livre devient alors une méditation sur le dépaysement, sur cette étrange nostalgie que l’on éprouve pour des lieux que l’on n’a jamais connus (« le mal du pays avant même d’y être », comme l’écrivait Nicolas Bouvier). Et surtout, sur l’art de voyager lentement, à l’écoute des autres et de soi.

Pourquoi lire ce livre ?

« Dans les pas d’Alexandra David-Néel » s’adresse à plusieurs types de lecteurs :
Les amoureux de l’Asie : une plongée dans des régions méconnues, entre Chine et Tibet, avec une écriture sensible et documentée.
Les voyageurs en quête d’inspiration : un rappel que le vrai voyage commence quand on sort des sentiers battus (et de sa zone de confort).
Les passionnés d’histoire et d’exploration : une manière de redécouvrir Alexandra David-Néel à travers le regard d’un écrivain contemporain.
Les rêveurs : pour ceux qui aiment les récits où l’aventure extérieure rejoint l’aventure intérieure.

En pratique : comment voyager sur ses traces ?

Si le livre vous donne envie de partir, voici quelques pistes pour suivre (en partie) l’itinéraire d’Alexandra et d’Éric Faye :

  • Yunnan (Chine) :
    • Dali et Lijiang : villes historiques sur la route du thé et des caravanes.
    • Shaxi : ancienne cité-marché où Alexandra s’est arrêtée.
    • Mont Khawa Karpo (région de Deqin) : trek possible vers les glaciers sacrés.
  • Tibet (avec restrictions) :
    • Litang ou Kangding (Kham) : régions tibétaines accessibles sans permis spécial (mais sous surveillance).
    • Monastères de Derge ou Yarchen Gar : pour une immersion dans le bouddhisme tibétain.
      ⚠️ Attention : le Tibet reste une zone sensible. Renseignez-vous sur les formalités avant de partir (permis obligatoire pour Lhassa).

Un livre qui donne des ailes

« Dans les pas d’Alexandra David-Néel » est bien plus qu’un récit de voyage : c’est une ode à la curiosité, à la résistance et à la beauté des chemins de traverse. Éric Faye réussit le tour de force de nous faire voyager à la fois dans l’espace et dans le temps, tout en nous rappelant que l’aventure n’est pas une affaire de performance, mais de présence.

Comme le disait Alexandra elle-même :

« Partir, c’est un peu mourir. Mais c’est aussi, peut-être, renaître. »

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